Vouloir être à son avantage, est-ce un crime?

Je vous rassure tout de suite, vouloir cacher le bouton qui nous est sorti au milieu du front un lundi matin n’est certainement pas un crime. Il n’est pas plus question d’un crime lorsqu’on désire bien se sentir en portant une nouvelle paire de souliers à talons hauts en allant au restaurant le vendredi soir (sauf peut-être pour les pieds, après quelques heures de torture). Flâner chez Séphora pendant 30 minutes pour sentir de nouvelles fragrances ne fait de personne un criminel, ni même acheter ce nouveau parfum qui nous plait tant.

Rendu ici, vous vous dites sûrement « Mais alors, où est le problème? ». Et bien voilà. Le crime, c’est l’industrie de la mode et des cosmétiques qui vend des parfums en nous montrant des femmes quasi-nues (parce que malheureusement pour notre société, c’est ce qui vend). C’est cette même industrie qui fait la promotion de crèmes anticellulites miracles, en vous montrant les résultats sur les jambes de jeunes femmes de 15 ans. En voyant ces publicités, il se peut qu’on oublie le but LUCRATIF derrière ces campagnes de marketing. Parce qu’on s’entend, leur but est de faire le plus d’argent possible, pas le plus de ventres raffermis possibles.

Je vous lance une petite réflexion : quelle place prend cette recherche de la beauté, ou plutôt la beauté telle que proposée dans les médias, dans votre vie? Puisque le problème, c’est l’idéal de beauté proposé, mais c’est aussi la place que prend cette préoccupation dans votre tête, dans votre journée et dans votre vie. Prenez le temps d’analyser l’impact de cet idéal de beauté sur votre quotidien. Peut-être qu’il est minime. Mais peut-être aussi que cet idéal de beauté influence votre humeur, vos réactions et même votre santé mentale.

Mon seul conseil, c’est le lâcher prise, parce que ce n’est pas sain qu’un fichu bouton gâche votre journée et vous pousse à annuler votre sortie entre filles.

Parce que le crime, c’est de se cacher derrière un maquillage, plutôt que d’exprimer sa créativité à travers celui-ci. Le vrai crime, c’est la pression sociale de se maquiller.

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Crédits photo: Bach illustrations 

 

 

 

La switch égoïste

(Le mot switch est un mot anglais que l’on peut traduire par «commutateur» ou «interrupteur» en français) – Wikipédia

Dimanche soir. Il est 20h et les enfants sont couchés, enfin ! Mon chum arrive dans le salon, frais douché et, sans même un regard autour de lui, il s’écrase littéralement dans le divan, l’ordinateur portable sur les genoux.

Il vient d’allumer sa switch égoïste.

Hummm, ça sonne drôlement péjoratif ce terme-là … pourtant, non !

Ce soir-là, fatigué de sa fin de semaine, mon chum a décidé que la journée était terminée pour lui ! Au diable les 3 livres que les enfants ont loué à la bibliothèque et qui traînent dans le divan, on les ramassera un autre jour. Tant pis pour la vaisselle qui n’est pas lavée sur le comptoir, elle attendra au lendemain. La nappe n’a pas été nettoyée ? Bof … ça peut faire quoi ça ? Rien du tout !

Mettre la switch égoïste à « on », c’est de SE mettre à « on ». C’est SE donner de l’importance, se concentrer, même pendant un court moment, que sur son soi-même.  Des moments de pur abandon sur soi-même, c’est bien rare que ça arrive servi sur un plateau d’argent. Il faut les créer ces instants-là.

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Source photo: http://stage-theatre.com/wp-content/uploads/2014/05/microscenetabouret.jpg

Pour  ma part, à la même heure ce soir-là, ma switch égoïste n’était clairement pas à « on ». Pendant que mon chum se prélassait dans la douche chaude (brûlante), moi je m’affairais à la cuisine à préparer le lunch de ma fille pour le lendemain, à vérifier son matériel scolaire dans son sac d’école, à signer son agenda, à lire les 2 papiers laissés par le service de garde dans sa boîte à lunch, à vérifier la température qu’il annonçait pour le lendemain et bien d’autres choses « bien plus importantes que moi-même ». Pourtant, j’étais fatiguée de ma journée moi aussi et j’avais un gros mal de tête. Quand j’ai vu mon chum « sauter » dans le divan, la switch allumée à en faire mal aux yeux, sa petite personne au centre de la scène, les mégas projecteurs tous centrés sur lui, je vous avouerais lui avoir jeté un regard un peu (beaucoup) fâché.

Parce qu’il n’avait pas vu les 3 livres sur le divan, la vaisselle sur le comptoir, les graines de toast sur la nappe. Parce qu’il avait eu le « culot » de choisir d’ignorer ces détails et de se créer son moment pour prendre soin de lui. Après coup, je me demande si ma frustration ne venait pas plutôt du fait que moi, j’avais choisi de ne pas me choisir ???

Un moment vraiment très anodin que ce dimanche soir 20h, me direz-vous. Pourtant, des moments comme celui-ci, on peut en vivre combien dans une journée, selon vous ? Pour ma part je pense que je serais étourdie de les compter … Mais que se passe-t-il si chaque fois, ma switch est à « off », si les livres qui traînent et les graines de toast sur la nappe prennent le dessus sur mon mal de tête, sur ma fatigue, sur moi-même et mes besoins ?

Parce que prendre soin de soi, c’est aussi réaliser que parfois, on met beaucoup trop d’énergie dans ces petites choses qu’on pourrait facilement laisser de côté. Qu’on choisit trop souvent d’ignorer nos besoins afin de pouvoir réaliser une tâche quelconque qui nous apparaît désespérément nécessaire. Prendre soin de soi, c’est SE placer sur la scène, sous les projecteurs. Parce qu’on le vaut bien. Parce que si on ne prend pas soin de cette personne qui est nous-même, qui va le faire ?

Et vous, qu’en est-il de votre switch égoïste ?

Nathalie

Les bonbons d’Halloween, le plaisir avant tout!

Depuis plusieurs semaines, les tablettes des épiceries sont pleines à craquer de bonbons et de chocolats. Le 31 octobre prochain, les enfants déambuleront dans les rues arborant les costumes des plus mignons aux plus effrayants. Un (ou plusieurs) sac(s) à la main, ils cogneront de porte en porte pour ramener la plus grosse récolte de bonbons à la maison. En tant que parent, on peut se demander quels bonbons privilégier pour nos enfants, mais également quelle attitude adopter face à tant de sucreries?

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Quels bonbons privilégier pour mes enfants?

Qu’on parle de bonbons naturels ou encore faits de vrai jus de fruits, ils sont faits de sucre et du sucre, c’est du sucre. Si l’on peut tous les mettre sur un même pied d’égalité, les bonbons à privilégier sont donc ceux que vous, ou que vos enfants, préférez. Après tout, on mange des bonbons pour le plaisir, certainement pas pour combler nos besoins en vitamine C. L’industrie va toujours nous surprendre avec de nouveaux produits, des bonbons santé ou avec moins de sucres ajoutés, mais soyez critique et rappelez-vous qu’on les apprécie pour leur bon goût et non leur valeur nutritive.

Contrôle ou laisser-aller?

On sait bien que les sucreries doivent occuper une petite place dans l’alimentation des enfants. On ne se fera pas de cachette, les bonbons d’Halloween, ça fait beaucoup de sucre. Mais doit-on contrôler à tout prix l’accès à la réserve de bonbons des tout petits? Ça dépend! Pour nous comme pour les enfants, l’interdit est tellement plus attirant. Plutôt que de cacher les fameux bonbons, pourquoi ne pas simplement les ranger dans un endroit qui n’est pas à la vue de vos enfants? S’ils savent qu’ils sont disponibles, sans être toujours visibles, ils en demanderont moins souvent. N’étant pas un interdit, leur intérêt pour les bonbons diminuera avec le temps. Ils savent donc qu’il restera toujours des bonbons le lendemain et qu’ils auront d’autres occasions d’en manger.

Quelques conseils pour en profiter pleinement

Pour profiter pleinement de l’Halloween et de vos friandises, voici quelques conseils que vous pouvez mettre de l’avant, sans mettre le plaisir de côté. Pour la cueillette, plutôt qu’une grande taie d’oreiller, privilégier de plus petits sacs d’Halloween ou encore une petite chaudière en forme de citrouille. Au retour à la maison, demandez à vos enfants de sélectionner leurs bonbons favoris, et emporter le reste au bureau au plus grand plaisir de vos collègues. Par mesure de sécurité, retirer des sacs des enfants les bonbons ouverts ou qui semblent percés ou endommagés. Si vous avez de jeunes enfants, faites également attention aux bonbons qui représentent des risques d’étouffement comme les petits bonbons durs et ronds. Finalement, encourager vos enfants à brosser leurs dents régulièrement après avoir mangé des bonbons pour prévenir l’apparition de carie.

Caroline Cloutier, Nutritionniste

Pourquoi faire du bénévolat quand on a vécu une problématique de santé mentale?

Alors que j’étais aux prises avec des troubles du comportement alimentaire (TCA) il y a quelques années, une petite idée a commencé à germer dans ma tête. Une idée qui me soufflait que ce que j’étais en train de vivre pourrait servir à quelque chose, ou à d’autres, et devenir un terrain fertile, comme on transforme des déchets en engrais. C’est cette volonté qui m’a poussée à m’impliquer à la Maison l’Éclaircie[1] lorsque je m’y suis sentie prête, il y a exactement 3 ans. Depuis, j’ai eu la chance de participer à différents projets liés aux TCA en tant que personne ayant vécu la problématique (mais pas que), et de côtoyer des personnes formidablement inspirantes qui ont confirmé mon idée initiale : devenir bénévole, c’est donner… mais surtout recevoir!

 

Un choix pas si simple

S’engager pour une cause, ce n’est pas toujours facile. Dans mon cas, j’ai fait le choix (bien personnel) d’accepter de partager un vécu très intime, de m’associer ouvertement à une problématique de santé mentale et d’essayer d’aider tout en sachant que je ne pourrai pas sauver. M’engager, c’était aussi assumer d’être confrontée aux émotions, aux souffrances et parfois même (mais très rarement) au jugement ou aux critiques. Au-delà des cicatrices et des souvenirs auxquels cela peut renvoyer, l’implication peut donner l’impression d’une lourde responsabilité à porter. Alors, pourquoi faire du bénévolat quand on a vécu une problématique de santé mentale?

 

Devenir un agent de changement, au-delà des préjugés

Peu importe la cause dont il est question, l’implication bénévole peut représenter une belle tribune pour faire changer les mentalités en partageant son vécu. Par exemple, on entend encore souvent les idées-reçues selon lesquelles l’anorexie serait un choix et la boulimie un manque de volonté honteux et dégoutant. Pourtant, les TCA ne sont ni une punition qu’on a bien cherchée, ni la faute de la personne qui en souffre. Je crois qu’il est très important de parler ouvertement de la maladie pour briser ces préjugés. Et même si ce n’est pas facile, qui de mieux placé pour le faire que les personnes ayant vécu la problématique?

 

Continuer de se rétablir

Il est parfois difficile, à mon avis, de se consacrer aux autres lorsqu’on ne se sent pas bien soi-même. À ce titre, partager mon expérience en tant que bénévole m’a soutenue dans la fin de mon processus de rétablissement en m’aidant à prendre un pas de recul par rapport à la maladie et à solidifier mes acquis pour pouvoir assumer mon rôle correctement. Bref, cela m’a poussée à travailler sur moi, et c’est très bien comme ça!

 

Donner au suivant

La plus grande chance que j’ai eue face aux TCA est celle de réussir à me rétablir. Et cela aurait été bien plus difficile sans le soutien dont j’ai bénéficié et les personnes qui m’ont accompagnée pendant cette (longue) période. J’ai toujours pensé que je devais faire quelque chose avec cette chance, l’utiliser pour qu’elle serve à d’autres. Faire du bénévolat est donc une merveilleuse manière de rendre l’aide qui m’a été apportée, mais aussi d’encourager les personnes concernées en leur montrant que le rétablissement est possible!

 

Apprendre de soi… et des autres

 Trois ans passés à la Maison l’Éclaircie m’ont permis de côtoyer des personnes admirables par leur résilience, leur courage, leur générosité et leur ouverture d’esprit. J’y ai constaté toute la force du soutien social et de la communauté. Le principe du bénévolat est de donner sans attendre de retour; pourtant, partager mon expérience dans un milieu de vie où le jugement n’a pas sa place m’a moi aussi aidée à me sentir comprise et moins seule face à mon vécu. J’ai pu me redécouvrir, au-delà de la maladie. Ça n’a pas de prix!

 

Se réaliser à son rythme

Contrairement à un travail rémunéré, l’implication bénévole n’est pas négociable; c’est refuser d’associer une valeur marchande à un service que l’on choisit de rendre parce qu’on le veut, parce que ça nous fait plaisir. Le fait de ne recevoir aucune contrepartie financière m’a permis de donner en toute liberté exactement ce que je souhaitais, comme je le souhaitais. En ce sens, je crois que cela m’a autorisée à prendre plus de risques et à m’épanouir de manière plus authentique qu’en présence d’une pression financière ou contractuelle. Je me suis sentie utile et importante pour ce que j’étais et pour les valeurs qui me tenaient réellement à coeur, et non pour une compétence technique précise, monnayable et éventuellement substituable.

 

Faire le deuil, sans oublier

Enfin, accompagner d’autres personnes concernées par la problématique dans leur processus de rétablissement m’a donné l’occasion de réaliser l’ampleur du chemin parcouru et des difficultés traversées, tout en effectuant un travail d’acceptation vis-à-vis de la maladie.

 

Bien sûr, ces quelques raisons sont très personnelles, et directement liées à mon expérience face aux TCA. Il y en aurait sûrement beaucoup d’autres à citer, mais j’espère qu’elles pourront en inciter certains et certaines à tenter l’aventure! Que ce soit dans le domaine de la santé, de la réinsertion sociale, de la justice, de l’aide internationale et humanitaire, des arts, ou encore de l’environnement, il y a une foule de moyens de mettre ses talents au service de la communauté, tout en exerçant sa passion et en rencontrant des personnes inspirantes, de tous les horizons. Il n’y a plus qu’à choisir, et à se lancer !

 

Mélanie Rembert

Tiré de: http://aqrp-sm.org/wp-content/uploads/2016/09/fil-jeunesse-02n05.pdf

 

[1]     La Maison l’Éclaircie de Québec est un organisme communautaire venant en aide aux personnes vivant un trouble des conduites alimentaires (anorexie, boulimie) ainsi qu’à leurs proches (http://www.maisoneclaircie.qc.ca).

Pourquoi faire compliqué, quand on peut faire simple?

À la recherche d’un texte sur la simplicité et le plaisir de manger, j’inscris dans la barre de recherche les mots alimentation, simple et plaisir. Quoi de plus facile! Google devrait m’afficher ma demande et le tour sera joué après quelques lectures. Mais non…

Les choses se complexifient et je deviens rapidement découragée. Découragée de voir la montagne d’articles du genre « manger simplement fait perdre du poids » ou « l’alimentation la plus simple pour maigrir ». Voyons Google! Qu’est-ce qui se passe?

Le problème ce n’est pas Google. En fait, le problème c’est la société dans laquelle nous vivons, qui prône ce genre d’informations. La société où un jour un aliment est super bon pour la santé et le lendemain est considéré ultra mauvais. Cette société qui profite de la vulnérabilité des gens pour leur vendre des régimes. Cette même société où se multiplient les coachs en perte de poids sur les réseaux sociaux qui essaient de nous convaincre que ce n’est pas compliqué de bien s’alimenter en suivant leurs recettes « santé », leurs méthodes « santé », leurs plans d’entrainement « santé » et leurs produits « santé ». Se basant sur leur propre perte de poids, ils propagent des mythes et des règles alimentaires qui vont dans le sens opposé de la simplicité. Et on s’entend pour dire que les entraînements proposés n’ont pas comme but ultime le plaisir, mais plutôt la perte de poids. Ces coachs t’aident à garder ta motivation. La motivation à quoi? La motivation à t’entraîner les jours où tu n’as pas envie. La motivation à contrôler ce que tu manges. La motivation à manger des biscuits version « santé ». On est encore loin de la notion de plaisir et de simplicité.

Je me questionne sur l’accessibilité et l’abondance de ce genre d’informations. Au travers de ce bombardement de cliniques, de sites web, de programmes, de pages sur Facebook qui visent la perte de poids, pas étonnant qu’on soit mêlé. Il y a un sérieux problème quand on se sent plus « normal » de suivre un régime que de suivre nos envies. Pas étonnant qu’une forte proportion de gens se sentent coupable de manger une pointe de gâteau ou de manger simplement à leur faim. Google m’a confirmé aujourd’hui qu’il est difficile de parler d’alimentation sans parler de poids.

 

Devant ces informations :

  • Il faut rester critique;
  • Se demander pourquoi on lit ce type d’articles et quels impacts ils auront sur nous;
  • Se rappeler du rôle premier de l’alimentation qui est de nous maintenir en vie;
  • Ne pas oublier le besoin psychologique de manger ce qu’on aime;
  • Détacher l’alimentation du poids;
  • Garder en tête que de manger varié, équilibré et d’écouter ses envies, c’est plaisant et simple!  :)

Claudia

Dégustation!

Une conversation sur les saveurs surprenantes du Kraft Dinner, qui se transforme en dégustation officielle de nouilles entre collègues. Extra crémeux, fromage et tomates, cheddar épicé, trois fromages… Après tout, c’est aussi ça le besoin social de l’alimentation!

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Photo: Hors-Ligne

Liberté

Ce texte, c’est un court récit qui m’est venu en aide. Mais ce que je souhaite, c’est qu’il transmette de l’espoir.

La liberté. Concept vague, subjectif, abstrait; théorique ou utopique? La liberté, à mes yeux l’un des plus beaux mots de la langue française. Liberté. Du latin libertas qui signifie « état de l’homme libre ». Je me suis questionnée longuement sur sa définition, de cette expression qui je ne sais pourquoi, sonne si doux à mes oreilles, comme un appel. Concept qui m’attire et m’obnubile comme le métal à l’aimant. La liberté, ma fantaisie inaccessible. Et dans ma vie, ce qui me paraît du domaine de l’impossible est d’autant plus attrayant. C’est pourquoi à mes yeux, l’herbe de ma cour y pousse jaune à l’année. Même avec l’engrais du voisin.

La liberté, lorsque j’y réfléchis, je me visualise toucher à l’infini. Ma liberté, elle aurait une odeur, subtile, douce, comme un parfum de fleur à peine perceptible, mais qui laisse une intuition réconfortante. La liberté, je l’imagine laisser ses traces sur mon visage en y imprimant un sourire à faire brider mon regard. Et j’y rêve à ce concept qui me semble intouchable. Et par moment, même l’hiver, ça sent le lilas et des rides creusent les coins de mes yeux.

J’y rêve par privation. Parce que mes souvenirs sont l’antagoniste de ce fantasme. Parce que sommes toutes, c’est rassurant une prison, parfois plus que l’inconnu.

Ma prison elle était fictive aux yeux de tous, mais tellement réelle aux miens. C’est probablement ce décalage qui me faisait craindre l’incompréhension et qui m’a empêché d’en parler. Ma prison est donc devenue blindée et impénétrable. Et à l’intérieur y grandissait une conviction, comme un monstre affamé, alimenté par ma peur qu’il soit démasqué des autres. Nourri par le jugement. Alors que moi, cette crainte de l’opinion des autres m’empêchait de réaliser cette activité si simple, si intuitive et viscérale : manger. Le mot me faisait frémir, déjà je m’imaginais grossir. Je me voyais dans le miroir, je pesais 300 livres. 300 livres d’imperfection. 300 livres de dégoût. 300 livres de faiblesse. C’est lourd à traîner 300 livres de carences, sur un corps trop menu pour remplir un pantalon de taille 00.

Et je me cherchais. Au fond de moi je connaissais la solution pour me sortir du cercle vicieux des troubles alimentaires. Je devais trouver les raisons qui autorisaient les jugements des autres à avoir une si grande influence dans ma vie. Je devais saisir d’où venait ce vide qui me donnait une soif insatiable de grandiosité, d’aventure hors norme, de défis abracadabrants. Trouver comment combler différemment cette immensité pour faire taire le monstre qui criait si fort. Et qui criait souvent au moment où je me sentais heureuse, me reconnectant à mes 300 livres d’échec.

Et j’ai réfléchi…

L’attachement. Un autre beau mot. L’attachement qui fut brisé dans mon enfance, puis estropié par la trahison, le mensonge, le vol, le viol. L’attachement et le sentiment d’appartenance, d’identification envers quelque chose d’inatteignable. C’est quoi moi mon appartenance? Cela a pris des années pour trouver.

C’est chez moi, où il y a la mer. Ce sont les montagnes qui se jettent dans le fleuve. L’eau qui n’en finit plus de bleuter l’horizon. Mon appartenance c’est mon grand-père. C’est un pêcheur qui me parle peu. Mon grand-père, il sent l’amour inconditionnel pour sa petite-fille, et le fumet de poisson. Cet amour que j’ai seulement connu chez lui. C’est cet homme qui m’accueille parce qu’il fait tempête chez moi. Il me place dans la chambre où lorsque la mer fait rage, est noire et se fâche contre les parois de la maison, je suis à l’abri et je l’apprivoise. J’apprends à l’aimer et lorsqu’elle frappe à la hauteur de ma fenêtre, je me sens quand même en sécurité et elle m’endort. J’ai développé ce sentiment de confiance puisqu’au levé le matin, la mer est redevenue paisible, elle est bleue de nouveau et elle nourrit les oiseaux.  Et la mer, elle me suit partout où je vais. Elle caresse mes pieds chez mon grand-père, mais elle me suit le long de la côte lorsque je retourne chez mes parents. Elle est de l’autre côté de la fenêtre lorsque j’ai le cœur qui se serre à l’école. Elle berce mes souvenirs d’enfance et d’adolescence. Elle reçoit mes plus gros sanglots alors que je les enferme dans une bouteille. La mer, je m’y jette la tête dans les nuages, en priant le ciel qu’elle me permette d’atteindre l’El Dorado.

C’est ainsi que je me questionne sur mon existence pour y trouver sens afin que le monstre disparaisse. En fait, c’est moi que je dois voir réapparaitre. Je cherche mon appartenance dans cette ville où je vis sans repère et je ne trouve pas. Je me perds des années dans mille projets qui m’apportent aux quatre coins du monde, en quête de l’insaisissable. L’alchimiste de Cohelo aurait pourtant dû concocter ma raison.

Je reviens en même temps que le monstre. Il me semble insubmersible.

Je suis déboussolée alors que les années s’envolent.

Puis, je me lance dans un autre projet absurde. J’en ai marre de ma vie. J’en ai marre de la brique, je veux me rapprocher de l’infini. Je veux toucher à mon rêve de liberté. La liberté, qui grave un sourire sur mon visage et laisse un parfum floral, je la vois qui me conduit loin des pavés. Dans un ultimatum à moi de moi.

Alors, je cultive un projet pendant quelques mois. Les difficultés se présentent, mais je garde mon Nord. Si le monstre est près, parfois, il part faire un tour. Même qu’il lui arrive de se perdre pendant quelques semaines.

Le jour où mon projet se concrétise, on est en mai. Il fait un soleil radieux. Le vent est doux, il sent les lilas comme au printemps. J’ai un sourire qui mouille mon horizon.

Belle journée pour déposer mon premier voilier à l’eau. Il a fier allure, il est la représentation utopique du véhicule transportant mes fantasmes de liberté. Belle journée pour se débarrasser d’un appartement. Belle journée pour perdre pied et quitter terre.

Je suis remplie de souvenirs, comme une vieille vidéo que l’on recule pour réécouter seulement les faits saillants. Et depuis je ne sais plus quand, le monstre semble parti. Je l’ai presque oublié.

La première nuit à bord, je sais que même s’il fait tempête, je vais m’endormir.  Peut-être que j’ai trouvé comment combler ce vide, enfin. Ce qui fait sens pour moi, c’est que je retourne d’où je viens, je renoue avec mes racines, mon appartenance, mon lien d’attachement. Je rentre chez moi. Et chez moi, c’est la mer.

Par-dessus tout, ce qui me rend heureuse, c’est que je sais que mon grand-père me guette. Quand le vent soulève mes voiles, ça sent le poisson.