Aliment plaisir et allaitement : quand le désir de bien faire mène à l’obsession…

Vous avez peut-être vu passer dans les médias sociaux des images de la campagne publicitaire mandatée par la société pédiatrique du Rio Grande portant sur l’alimentation de la mère lors de l’allaitement. Les images créées par l’agence publicitaire brésilienne Paim sont choquantes; on y voit une mère qui allaite son bébé, avec, sur un sein, une image d’aliments de restauration rapide. Sur l’autre sein, on peut y lire « votre enfant est ce que vous mangez (1) ». Faut-il vous restreindre à ne manger que des aliments perçus comme santé « pour les mille premiers jours de gestation (1) » afin d’éviter des maladies graves à votre enfant? Je ne crois pas! D’autant plus que « mille jours » correspondent à près de 3 ans, qu’on y compte la grossesse ou pas, cette exagération discrédite le tout dès le départ. Cette campagne de peur, plutôt que d’inciter les futures mamans à bien manger, laisse entendre qu’elles doivent avoir une alimentation exemplaire pour avoir un enfant en santé. Et c’est sans parler du sentiment de culpabilité qui serait engendré si par malheur elles se permettaient un beigne glacé. Ils auraient aussi bien pu leur peindre « honte » sur le front!

Publicité pour l’organisation brésilienne SPRS.
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            Mettons les choses au clair, ce n’est pas parce que vous mangez un BigMac de temps à autre que votre bébé est en danger. Bien que la qualité de l’alimentation soit particulièrement importante lors de cette période, manger des aliments « plaisir » ne vient pas tout gâcher. Malgré leur mauvaise publicité, ceux-ci restent une source d’énergie pour notre corps. Afin que le lait maternel contienne tous les éléments nutritifs nécessaires, nul besoin d’avoir une alimentation parfaite en tout temps. Je crois que tous les aliments ont leur place dans l’alimentation de la nouvelle maman. Il faut tout simplement continuer d’écouter son corps et oui, vous pouvez vous permettre du « Fast Food » à l’occasion si vous en avez envie! Ce qu’il faut garder en tête c’est que, lors de l’allaitement, le corps a besoin de plus d’énergie et de protéines pour produire le lait qui nourrira votre bébé. Les besoins en certains minéraux et vitamines sont également plus grands pour permettre à votre enfant de grandir en santé et de préserver vos propres réserves maternelles. Une alimentation variée et équilibrée, basée sur l’écoute de ses signaux de faim et de satiété, permet de rencontrer les recommandations et évite d’aller puiser dans vos propres réserves, vous évitant ainsi des problèmes à votre tour. Pour y arriver, il est suggéré aux femmes allaitantes d’ajouter quelques collations nutritives dans la journée. Par exemple, en augmentant les portions d’aliments du groupe des viandes et substituts et du groupe des laits et substituts, vous augmentez du même coup l’apport en énergie, en protéines et en nutriments dans la journée.

            Répétons-le, aucun aliment ne devrait être retiré de l’alimentation de la mère lors de l’allaitement (ni de l’alimentation de personne d’ailleurs). D’autant plus qu’induire des restrictions entraine des fringales pour ces aliments qu’on « s’interdit ». Diminuer ses apports énergétiques peut d’ailleurs diminuer la quantité de lait produite et causer des problèmes encore plus importants. La seule attention que vous pouvez porter sur les substances qui entrent dans votre corps concernerait l’alcool, la cigarette, la caféine et des métaux comme le mercure qu’on retrouve dans certains poissons tels que le requin, le thon frais, l’espadon, le maskinongé, le brochet, l’achigan et les dorés de mer. Ces substances sont bien plus susceptibles d’affecter votre enfant que de consommer à l’occasion quelques aliments « plaisirs ». Pour ce qui est du poisson, il joue un rôle important dans le développement neurologique de votre enfant et devrait faire partie de votre alimentation chaque semaine. Il s’agit simplement d’opter pour d’autres variétés. Consulter les recommandations de Santé Canada pour en savoir plus. N’oubliez pas que tous les aliments ont leur place dans une alimentation équilibrée, que vous allaitiez ou non. Manger doit rester un plaisir et non devenir un énorme casse-tête!

Caroline Cloutier

Stagiaire en nutrition à la Maison l’Éclaircie

Références
(1)           Traductions de l’anglais     « Your child is what you eat »
                « Yours habits in the first thousand days of gestation can prevent your child from developing serious diseases »
Société canadienne de pédiatrie, Les diététistes du Canada et Santé Canada. Nutrition du nourrisson en santé et né à        terme, Ministre de travaux publics et Services gouvernementaux du Canada, Ottawa, 2012 [En ligne] http://www.hc-sc.gc.ca/fn-an/nutrition/infant-nourisson/recom/index-fra.php
Santé Canada. Lignes directrices sur la nutrition pendant la grossesse à l’intention des professionnels de la santé — Renseignements relatifs au Guide alimentaire canadien, 2009 [En ligne] http://www.hc-sc.gc.ca/fn-an/pubs/nutrition/guide-prenatal-fra.php
Santé Canada. Consigne de consommation à l’égard du mercure présent dans le poisson : Choisir en toute connaissance de cause. [En ligne]. http://www.hc-sc.gc.ca/fn-an/securit/chem-chim/environ/mercur/cons-adv-etud-fra.php
Nutrition allaitement — Manuel de nutrition clinique, Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ)
ANREF, Le guide essentiel des besoins en nutriments, Institute of medicine, The National Academie Press

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