Parce qu’un gars, c’t’un gars   

 La semaine dernière, j’étais avec mon frère et nous prenions tous deux des nouvelles l’un de l’autre, quand il se mit à me raconter quelque chose qu’il venait de vivre. Encore aujourd’hui, j’ai du mal à comprendre comment des gens peuvent faire cela.

Étant ambulancier paramédical, mon frère s’était rendu, quelques jours auparavant, sur une scène d’accident où il avait été photographié par un journaliste. Sa génétique l’ayant voulu ainsi, mon frère a toujours été fait «sur le long». Détail sur lequel ses camarades de classe s’adonnaient souvent à plaisanter lorsqu’il était plus jeune. Mais il faut croire que ce genre de moqueries infantiles ne se retrouve pas que sur les bancs d’école : suite à la publication sur Facebook de l’article concernant l’accident,  tout plein de commentaires se sont succédés, non pas concernant les circonstances de l’événement, mais bien au sujet de l’apparence physique de mon frère qui apparaissait sur la photo. De la comparaison à «une petite fille anorexique» jusqu’au parallèle avec une «feuille d’arbre» en passant par l’analogie à un  «minou» et même à une «linguine», toutes les critiques possibles et inimaginables étaient réunies. Les internautes n’avaient plus de filtres du tout, certains se donnant même le mandat de prescrire à mon frère des séances d’entrainement accompagnées de diètes, afin que celui-ci soit «plus fort et puisse mieux faire son travail».

Mais comment se fait-il qu’à l’époque (relativement) évoluée dans laquelle nous vivons, on se permette de se moquer, et ce même collectivement, de la différence d’une personne? Que l’on se base sur ses caractéristiques physiques pour juger de ses compétences? Je n’arrive tout simplement pas à comprendre. Plus mon frère en rajoutait et plus je me sentais bouillir de l’intérieur, parce que je sentais bien que ces insultes de masse l’avaient atteint, comme d’ailleurs elles atteindraient le commun des mortels. Mais sur le coup, j’ai été surpris que cela ait pu l’affecter, lui, un gars. Dans un premier temps parce que, dans mon référentiel personnel, la minceur a été tellement longtemps un idéal à atteindre que je ne pouvais tout simplement pas imaginer qu’elle puisse faire l’objet d’un complexe pour quelqu’un. Dans un deuxième temps, parce que je n’avais jamais eu l’occasion de prendre conscience que les représentants de la gent masculine pouvaient, eux aussi, accorder de l’importance à leur image corporelle. Cela m’a fait réfléchir au fait que, hommes comme femmes, nous nous retrouvons avec le même problème. Problème qui, bien qu’il soit multifactoriel, est à mon avis en grande partie causé par ce que nous imposent les médias, soit celui d’avoir le désir profond, et souvent obsessionnel, de répondre aux fameux standards de beauté inatteignables.  Parce que, on le sait tous, un gars dont la devise n’est pas «chest, bras, dos», ce n’est pas un VRAI gars. Cette préoccupation semble tellement ancrée dans la vie des gens et tellement banalisée, qu’il est devenu normal de prendre tous les moyens nécessaires pour changer son apparence, et qu’il devient acceptable de marginaliser, stigmatiser ou convertir ceux qui ne se plie pas à la norme. Il est devenu tellement banal de juger les gens sur leur apparence qu’on se permet de crier au grand jour, en public, des insultes non constructives et même blessantes.

Quoique pour les gens derrière leur écran, l’acte de commenter soit plutôt éphémère, il n’en demeure pas moins qu’il peut avoir un impact plus important pour la personne concernée par ces dites paroles. Cela peut même faire très mal. Puisqu’il a le soutien et les outils nécessaires, mon frère a su passer au travers cette histoire. Il s’est rappelé à quel point ses caractéristiques physiques n’avaient pas d’influence sur ses compétences de paramédic, et a fini par reconnaitre que quelle qu’ait été son apparence, les gens auraient trouvé de quoi la commenter. Mais pour d’autres personnes, ces commentaires auraient pu avoir une portée plus grande encore.

Je crois qu’une des choses à retenir de cette histoire est qu’il est impossible de plaire à tout le monde. On doit d’abord et avant tout travailler pour être bien avec soi, pour s’accepter tel que l’on est et pour faire place à la diversité corporelle. Et puisqu’il est impossible de savoir exactement quelle relation entretient l’autre avec son apparence et de prédire quels impacts auront sur lui les commentaires, il apparait qu’il n’est jamais, au grand jamais pertinent et bénéfique de commenter quelqu’un sur son poids. Ai-je dis jamais? Jamais.

Camera

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