Liberté

Ce texte, c’est un court récit qui m’est venu en aide. Mais ce que je souhaite, c’est qu’il transmette de l’espoir.

La liberté. Concept vague, subjectif, abstrait; théorique ou utopique? La liberté, à mes yeux l’un des plus beaux mots de la langue française. Liberté. Du latin libertas qui signifie « état de l’homme libre ». Je me suis questionnée longuement sur sa définition, de cette expression qui je ne sais pourquoi, sonne si doux à mes oreilles, comme un appel. Concept qui m’attire et m’obnubile comme le métal à l’aimant. La liberté, ma fantaisie inaccessible. Et dans ma vie, ce qui me paraît du domaine de l’impossible est d’autant plus attrayant. C’est pourquoi à mes yeux, l’herbe de ma cour y pousse jaune à l’année. Même avec l’engrais du voisin.

La liberté, lorsque j’y réfléchis, je me visualise toucher à l’infini. Ma liberté, elle aurait une odeur, subtile, douce, comme un parfum de fleur à peine perceptible, mais qui laisse une intuition réconfortante. La liberté, je l’imagine laisser ses traces sur mon visage en y imprimant un sourire à faire brider mon regard. Et j’y rêve à ce concept qui me semble intouchable. Et par moment, même l’hiver, ça sent le lilas et des rides creusent les coins de mes yeux.

J’y rêve par privation. Parce que mes souvenirs sont l’antagoniste de ce fantasme. Parce que sommes toutes, c’est rassurant une prison, parfois plus que l’inconnu.

Ma prison elle était fictive aux yeux de tous, mais tellement réelle aux miens. C’est probablement ce décalage qui me faisait craindre l’incompréhension et qui m’a empêché d’en parler. Ma prison est donc devenue blindée et impénétrable. Et à l’intérieur y grandissait une conviction, comme un monstre affamé, alimenté par ma peur qu’il soit démasqué des autres. Nourri par le jugement. Alors que moi, cette crainte de l’opinion des autres m’empêchait de réaliser cette activité si simple, si intuitive et viscérale : manger. Le mot me faisait frémir, déjà je m’imaginais grossir. Je me voyais dans le miroir, je pesais 300 livres. 300 livres d’imperfection. 300 livres de dégoût. 300 livres de faiblesse. C’est lourd à traîner 300 livres de carences, sur un corps trop menu pour remplir un pantalon de taille 00.

Et je me cherchais. Au fond de moi je connaissais la solution pour me sortir du cercle vicieux des troubles alimentaires. Je devais trouver les raisons qui autorisaient les jugements des autres à avoir une si grande influence dans ma vie. Je devais saisir d’où venait ce vide qui me donnait une soif insatiable de grandiosité, d’aventure hors norme, de défis abracadabrants. Trouver comment combler différemment cette immensité pour faire taire le monstre qui criait si fort. Et qui criait souvent au moment où je me sentais heureuse, me reconnectant à mes 300 livres d’échec.

Et j’ai réfléchi…

L’attachement. Un autre beau mot. L’attachement qui fut brisé dans mon enfance, puis estropié par la trahison, le mensonge, le vol, le viol. L’attachement et le sentiment d’appartenance, d’identification envers quelque chose d’inatteignable. C’est quoi moi mon appartenance? Cela a pris des années pour trouver.

C’est chez moi, où il y a la mer. Ce sont les montagnes qui se jettent dans le fleuve. L’eau qui n’en finit plus de bleuter l’horizon. Mon appartenance c’est mon grand-père. C’est un pêcheur qui me parle peu. Mon grand-père, il sent l’amour inconditionnel pour sa petite-fille, et le fumet de poisson. Cet amour que j’ai seulement connu chez lui. C’est cet homme qui m’accueille parce qu’il fait tempête chez moi. Il me place dans la chambre où lorsque la mer fait rage, est noire et se fâche contre les parois de la maison, je suis à l’abri et je l’apprivoise. J’apprends à l’aimer et lorsqu’elle frappe à la hauteur de ma fenêtre, je me sens quand même en sécurité et elle m’endort. J’ai développé ce sentiment de confiance puisqu’au levé le matin, la mer est redevenue paisible, elle est bleue de nouveau et elle nourrit les oiseaux.  Et la mer, elle me suit partout où je vais. Elle caresse mes pieds chez mon grand-père, mais elle me suit le long de la côte lorsque je retourne chez mes parents. Elle est de l’autre côté de la fenêtre lorsque j’ai le cœur qui se serre à l’école. Elle berce mes souvenirs d’enfance et d’adolescence. Elle reçoit mes plus gros sanglots alors que je les enferme dans une bouteille. La mer, je m’y jette la tête dans les nuages, en priant le ciel qu’elle me permette d’atteindre l’El Dorado.

C’est ainsi que je me questionne sur mon existence pour y trouver sens afin que le monstre disparaisse. En fait, c’est moi que je dois voir réapparaitre. Je cherche mon appartenance dans cette ville où je vis sans repère et je ne trouve pas. Je me perds des années dans mille projets qui m’apportent aux quatre coins du monde, en quête de l’insaisissable. L’alchimiste de Cohelo aurait pourtant dû concocter ma raison.

Je reviens en même temps que le monstre. Il me semble insubmersible.

Je suis déboussolée alors que les années s’envolent.

Puis, je me lance dans un autre projet absurde. J’en ai marre de ma vie. J’en ai marre de la brique, je veux me rapprocher de l’infini. Je veux toucher à mon rêve de liberté. La liberté, qui grave un sourire sur mon visage et laisse un parfum floral, je la vois qui me conduit loin des pavés. Dans un ultimatum à moi de moi.

Alors, je cultive un projet pendant quelques mois. Les difficultés se présentent, mais je garde mon Nord. Si le monstre est près, parfois, il part faire un tour. Même qu’il lui arrive de se perdre pendant quelques semaines.

Le jour où mon projet se concrétise, on est en mai. Il fait un soleil radieux. Le vent est doux, il sent les lilas comme au printemps. J’ai un sourire qui mouille mon horizon.

Belle journée pour déposer mon premier voilier à l’eau. Il a fier allure, il est la représentation utopique du véhicule transportant mes fantasmes de liberté. Belle journée pour se débarrasser d’un appartement. Belle journée pour perdre pied et quitter terre.

Je suis remplie de souvenirs, comme une vieille vidéo que l’on recule pour réécouter seulement les faits saillants. Et depuis je ne sais plus quand, le monstre semble parti. Je l’ai presque oublié.

La première nuit à bord, je sais que même s’il fait tempête, je vais m’endormir.  Peut-être que j’ai trouvé comment combler ce vide, enfin. Ce qui fait sens pour moi, c’est que je retourne d’où je viens, je renoue avec mes racines, mon appartenance, mon lien d’attachement. Je rentre chez moi. Et chez moi, c’est la mer.

Par-dessus tout, ce qui me rend heureuse, c’est que je sais que mon grand-père me guette. Quand le vent soulève mes voiles, ça sent le poisson.

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