Le 5 juin 2015 : une journée sans maquillage… mais pourquoi ?

 Le 5 juin 2015, une journée sans maquillage... mais pourquoi

Le 5 juin prochain aura lieu la journée sans maquillage, au cours de laquelle les personnes habituées à se maquiller sont invitées à rester au naturel. Mélanie, Quick’O’Fraise, Marie-Claude et Caro ont profité de l’occasion pour réfléchir aux raisons d’une telle journée.

Quick’O’Fraise : Au fait, pourquoi est-ce nécessaire, une journée sans maquillage? Tout le monde peut comprendre pourquoi il y a une journée sans tabac ou une journée sans diète, puisqu’il est prouvé que ces comportements sont mauvais pour la santé. Mais, pourquoi une journée sans maquillage? Pour moi, ça sonne un peu comme une journée sans pantalon; certaines personnes ont l’impression d’être nues, sans maquillage!

Caro : Peut-être pour se prouver individuellement qu’on est capable de ne pas se maquiller une journée, ou pour lentement opérer un changement de société?

Mélanie : Peut-être aussi pour sensibiliser au fait que femme et maquillage ne sont pas synonymes, et que l’un peut aller sans l’autre? Aujourd’hui, on a trop souvent tendance à associer les deux, à considérer que le maquillage est un attribut presque naturel de la femme et que toutes les femmes se maquillent. Le maquillage est vu comme la norme, alors qu’il devrait rester un choix, un peu comme une petite touche artistique qu’on applique ou non en fonction du moment.

Marie-C : Dans le même sens, pour certaines personnes (pour moi par exemple), le maquillage, c’est comme de l’art : on choisit des couleurs qui s’agencent bien, on sort ses pinceaux et on s’amuse pratiquement à se peinturer le visage. Se maquiller peut donc être un moment de détente, un moment pour soi.

Mélanie : Je pense que c’est un art comme un autre, un moyen d’expression. Personnellement, ça me détend de me maquiller. De jouer avec les couleurs, les crayons. Parfois, avoir une apparence différente de notre habitude peut être une manière de montrer aux autres qu’on leur accorde de l’importance ou qu’une occasion est spéciale et festive.

Marie-Claude: Par contre, je suis consciente que, comme d’autres, j’ai un problème, puisque je rencontre une difficulté à sortir sans arborer de maquillage. On peut donc dire que le maquillage est une industrie qui peut être tant bonne que mauvaise…

Mélanie : Oui, et c’est justement pour ça que la journée sans maquillage est importante ! Il n’y a pas de mal à se maquiller, en soi. Mais certaines personnes ne peuvent pas s’en passer et s’en servent comme d’un masque pour se cacher plutôt que d’essayer de s’assumer au naturel. Le maquillage est devenu un outil de plus pour promouvoir le modèle unique de beauté et l’uniformité, alors qu’il devrait être un moyen d’exprimer notre diversité, et notre personnalité ! Par exemple, plutôt que d’envisager le maquillage comme un moyen de cacher nos imperfections, pourquoi ne pas l’envisager comme un moyen de mettre en valeur ce que l’on préfère en nous, et de laisser parler notre créativité ? Donc cette journée, c’est aussi un pas vers la normalisation du naturel, de la diversité. Ça permet de reprendre les choses dans le bon ordre : s’accepter au naturel, puis choisir de se maquiller ou non.

Quick’O’Fraise : C’est vrai que lorsque je pense à mon secondaire, je me souviens que c’était quasiment une pression sociale de se maquiller. Mes amies me demandaient pourquoi je ne me maquillais pas, et me disaient que je devrais apprendre à le faire. Je me souviens même un jour d’avoir entendu la mère de ma meilleure amie déclarer, tout en sortant son kit de maquillage, «qu’à partir de maintenant il était temps pour sa fille de se maquiller». C’est toute sorte de petits événements qui font que les jeunes filles se sentent obligées de se maquiller, et je crois que le sentiment d’appartenance au groupe y joue un grand rôle. Heureusement, une fois l’adolescence passée, j’ai arrêté de me maquiller parce que la tendance à le faire s’est mis à diminuer auprès des filles que je côtoyais.

Caro : Je me souviens d’un jour où j’avais environ 13-14 ans, et qu’une dame d’un certain âge m’avait abordé dans une salle de bain public en me mentionnant qu’elle trouvait dommage que les filles de ma génération commençaient très tôt à se maquiller. Selon elle, lorsqu’une femme commençait à se maquiller, cela devenait en quelque sorte une béquille pour elle, et presqu’inévitablement, elle se mettait à en vouloir toujours plus pour se sentir mieux. Cela avait eu étrangement une grande portée sur moi, et m’avait fait réfléchir au fait que je ne voulais pas dépendre de quelque chose d’extérieur à moi pour me sentir heureuse. Cette femme n’avait pas parfaitement raison puisque cela n’est pas le lot de TOUTES les femmes sans exception, mais ce qu’elle avait dit avait du sens. Je crois que c’est en partie ce qui m’a permis de résister à cette fameuse «pression » dont parle Émie et qui est tant présente à un certain âge.

Quick’O’Fraise : À l’époque du secondaire, ça paraissait inconcevable de sortir sans maquillage alors qu’aujourd’hui, je le fais à l’occasion. Je me maquille seulement lorsque je veux impressionner un gars.

Mélanie : Oui, je pense qu’on est nombreuses à avoir déjà fait ça. Mais ne crois-tu pas qu’il faut avant tout se maquiller pour soi? L’idée de se maquiller pour plaire à un homme, c’est rabaissant, non? C’est encore une fois ramener la femme à un rôle social, celui de la femme qui, pour être une vraie femme, doit d’une part, plaire aux hommes et, d’autre part, remplir certains critères (de beauté) précis pour y arriver. Pourtant, la valeur d’une personne n’est pas liée à son apparence!

Quick’O’Fraise : Mais l’objectif derrière ça, c’est de sentir que je vais produire un effet sur l’autre.

Mélanie : Est-ce que tu dirais que ça augmente ton estime de toi ?

Quick’O’Fraise : Non. C’est plus une question de savoir l’effet que je veux donner, pour impressionner. Comme un petit «plus» par rapport à d’habitude.

Mélanie : Moi aussi je l’ai pas mal senti en France cette pression-là, mais on dirait que ça a changé quand je suis arrivée à Québec. Il y a quelque chose de culturel dans tout ça. À Paris, l’apparence et le look sont vraiment importants. Ici, je me sens plus libre de faire ce que je veux. En bref, je pense qu’on devrait avoir le choix de se maquiller ou non, sans être jugé.

Marie-Claude : Pensez-vous que les gens nous jugent vraiment quand on ne se maquille pas, ou bien cela relève plutôt de ce qu’on croit, car on inspire aux autres le jugement qu’on porte sur nous-mêmes? Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas senti ce jugement venant des autres. Quand je ne porte pas de maquillage, les gens ne me disent pas que j’aurais mieux fait de maquiller parce que « ma face rush », mais ont plutôt tendance à me dire que j’ai l’air fatiguée. Et c’est normal, puisque d’une part, je les ai toujours habitués à mon visage maquillé et, d’autre part, parce qu’ayant peur de me montrer le visage à nu, je me replie sur moi-même.

Quick’O’Fraise : Tu as bien raison, on se met nous-mêmes la pression. Si on a l’impression que les gens nous jugent quand on n’est pas maquillées, c’est peut-être simplement parce qu’on se sent moins bien dans notre peau sans maquillage.

Mélanie : Mais justement, je pense que c’est ça qui est important dans la journée sans maquillage : rappeler que c’est le maquillage qui est hors-norme, alors que le naturel est la norme.

Caro : Ce serait en quelque sorte une manière de remettre les pendules à l’heure… Car dans une ère où à peu près toutes les femmes arborent du maquillage…

Quick’O’Fraise : En effet, si on regarde autour de nous dans le café, la plupart des femmes sont maquillées.

Caro : …L’important, c’est de remettre individuellement en question les motifs de notre choix de se maquiller, se questionner à savoir où l’on se situe par rapport au maquillage. Car, il faut se le dire, si certaines femmes se maquillent uniquement pour se faire plaisir, il y en a bien d’autres qui en ont besoin pour séduire, alors que d’autres en ont besoin pour renforcer leur estime, ou pire, pour s’accorder le droit d’être vu par les autres.

Quick’O’Fraise : Moi ça me fâche de me dire que certaines femmes se sentent obligées de faire ça par peur de ne pas être acceptées en société.

Mélanie :  L’acte de se maquiller est parfois porteur de plus de sens que le simple fait de se mettre du fard sur les paupières!

Quick’O’Fraise : Mais de là à créer une journée entière consacrée à cela…

Mélanie : Justement, ça montre que le maquillage est devenu tellement normal qu’il mérite une journée entière de réflexion.

Quick’O’Fraise : il y a sûrement aussi des enjeux féministes derrière tout ça, ou des questions d’hyper-sexualisation. Qui a créé cette journée-là? Apparemment, l’initiative a été lancée par ELLE QUÉBEC et Canal Vie en 2010 pour s’interroger sur le rapport à l’apparence et rappeler que le maquillage est un choix.

Aussi, il y a un autre mouvement zéro maquillage aux États-Unis, dans un collège au Texas où un des étudiantes ont banni le maquillage de leur classe en réaction aux images hypersexualisées des jeunes filles dans les magazines, pour «encourager les filles à prendre confiance en elles et modifier l’image qu’elles ont d’elles-mêmes ». Donc, dans le fond, la pression sociale liée au maquillage, c’est qu’on croit que le rôle d’une femme devrait être de séduire.

Mélanie : Oui, c’est des questions de genre, c’est ce que je trouve insupportable là dedans. Concrètement, si on considère que le maquillage est fait pour mettre certains traits en valeur, je ne vois pas pourquoi il devrait être réservé aux femmes. On pourrait très bien imaginer que ce soit banal pour un homme de se maquiller, sans que ce soit choquant. Tant qu’il n’est pas une obligation sociale, et qu’il n’est pas intrinsèquement associé à la femme, le maquillage n’est pas un problème à mon sens.

Quick’O’Fraise : D’ailleurs les hommes, ils en pensent quoi du maquillage ? Mon père dirait sûrement que les femmes sont bien plus belles sans maquillage.

Marie-Claude : Et le mien dirait que « c’est inutile, que c’est un artefact et que c’est dans la tête qu’on est belle. »

Mélanie : Je ne sais pas, je trouve que c’est un peu catégorique, ça aussi… quand on y pense, ce genre de réflexion aussi peut être blessant, des fois. Dire à une personne qu’elle est bien plus belle quand elle ne se maquille pas, c’est un peu aussi lui dire qu’elle est bien moins belle toutes les fois où elle se maquille. C’est un peu rejeter les choix d’une personne ou critiquer son apparence. On peut exprimer des préférences personnelles, dire “je n’aime pas”, mais faire des jugements catégoriques ou des comparaisons “avant/après” comme ça, c’est encore autre chose. Et puis on peut être aussi beau avec et sans maquillage, ce n’est pas exclusif.

Caro : Mais toujours est-il que la limite est mince entre le maquillage en tant que plaisir et le maquillage en tant que besoin…

Mélanie : Oui en fait, le maquillage est un outil comme un autre. C’est ce qu’on en fait et pourquoi on l’utilise qui peut-être néfaste. Par exemple, une femme adulte qui se maquille, ce n’est pas du tout la même chose que de maquiller une petite fille de 10 ans qui ne peut pas exprimer un consentement éclairé là dessus (par exemple, dans le cas des concours de beauté pour enfant).  Vouloir plaire, séduire et se faire aimer, ce n’est pas forcément mal. Même au sein de nos rapports amicaux, on recherche  toujours à se faire aimer. Mais je pense qu’on devrait pouvoir choisir de le faire en restant soi-même, sans obligations sociales, sans artifices, sans oublier qui on est au naturel. Dans ce sens, se sentir libre et choisir de se maquiller ou non, c’est aussi une belle manière de se réapproprier son corps, et d’être en action plutôt que de subir la pression !

Mélanie, Quick’O’Fraise, Marie-Claude et Caro

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