Plaisir « coupable »? Non merci!

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Le 6 mai prochain se tiendra la Journée Internationale sans diète qui est soulignée dans plus de 7 pays, dont le Canada, les États-Unis, la France, la Norvège, l’Allemagne, l’Afrique du Sud et la Nouvelle-Zélande. Elle a été instaurée en 1992 par une Britannique du nom de Mary Evans Young qui en avait plus qu’assez de l’impact dévastateur des régimes amaigrissants et des dangers associés à l’obsession de la minceur.

Pourquoi une journée sans diète? Est-ce vraiment un sujet si préoccupant pour lui dédier une journée à l’échelle internationale? Voici quelques statistiques qui pourraient nous éclairer sur la réponse :

  • Parce que 53 % des femmes ressentent de la culpabilité lorsqu’elles mangent1
  • Parce que 31 % des femmes croient que bien manger implique de se priver1
  • Parce que 73 % des femmes veulent perdre du poids, peu importe leur silhouette2
  • Parce que selon une étude québécoise, 57,9 % des adolescentes ont fait des tentatives sérieuses pour perdre du poids au cours des six derniers mois en diminuant ou coupant le sucre et le gras (95,1 %), en s’entrainant de façon intensive (76,7 %), en sautant un repas (53,4 %), en ne mangeant pas de la journée (31,1 %), en suivant une diète (27,2 %) ou en commençant ou recommençant à fumer (19,4 %)4
  • Parce que selon cette même étude, 28,9 % des garçons tentent de perdre du poids grâce à diverses méthodes comme s’entrainer intensivement (85 %), diminuer ou couper le sucre et le gras (84,2 %), sauter des repas (35 %) ou suivre une diète (25 %)
  • Parce que 70 % des Canadiens s’efforcent de modeler leur corps en limitant leur consommation d’aliments5
  • Parce que 80 % des femmes suivent un régime avant l’âge de 18 ans6
  • Parce que 35 % des fillettes québécoises de 9 ans ont déjà tenté de maigrir8

C’est malheureusement actuellement la triste réalité. La préoccupation excessive de l’image corporelle et de ressembler aux standards de beauté des magazines et des médias (qui, en passant, représentent réellement moins de 5% de la population7) prend de plus en plus d’ampleur dans notre société, ce qui n’est pas sans lien avec le marché excessivement lucratif des diètes et des produits amaigrissants.

Médias sociaux, magazines, journaux, télévision, radio, panneaux publicitaires sur les autoroutes et dans les arrêts d’autobus : nous sommes quotidiennement bombardés d’images de jeunes hommes et de jeunes femmes aux corps sveltes et à la peau parfaite, et, qui plus est, qui ont l’air particulièrement heureux et confiants. Eh oui, ils sont toujours rayonnants et ont surtout l’air bien dans leur peau. Difficile de rester indifférents, vous me direz. Mais est-ce vraiment un reflet de la réalité? À l’ère des photoshop et autres méthodes pour modifier virtuellement une photo, nous pouvons franchement en arriver à la conclusion que tout ceci n’est qu’un monde monté de toutes pièces qui ne fait qu’enrichir l’industrie du régime, des vêtements, du maquillage et des produits de beauté en nous faisant miroiter le rêve, le rêve d’être plus heureux et d’être une meilleure personne en se pliant à ces standards.

Malgré tout, et même en connaissant ces faits, il n’en reste pas moins que les mots «régime», «faire attention» ou «detox» sont plus que jamais à la mode et sont sur toutes les lèvres. Rien de mal à se soucier de ce que l’on mange, bien au contraire. Mais est-ce possible de s’en préoccuper au point de porter atteinte à sa santé physique et psychologique, donc à son bien‑être?

Tout d’abord, il faut savoir que les diètes ne fonctionnent pas, c’est maintenant de plus en plus connu et démystifié au sein de la population. Selon des études, 85 à 95 % des personnes qui ont perdu du poids à l’aide d’un régime l’ont repris, avec parfois même des kilos supplémentaires dans les 5 années suivante3. De plus, tout en nous éloignant de l’effet escompté, ces régimes comportent des risques physiques et mentaux : carences en énergie et en différents nutriments, fatigue, faim chronique, déshydratation et perte de masse musculaire (qui représente la principale perte de poids, et non pas la masse adipeuse, lorsqu’on promet une perte de poids rapide), troubles digestifs, perturbations hormonales, ralentissement du métabolisme, difficulté à se concentrer, irritabilité, troubles de l‘humeur et j’en passe. Rien d’amusant jusqu’ici. Finalement, nous devons aussi savoir que tout cela vient au passage écorcher douloureusement notre estime de nous, créer une relation malsaine avec l’alimentation, augmenter notre niveau de culpabilité et, finalement, dégrader encore plus notre image corporelle. Dans certains cas, cela peut aussi mener au développement d’un trouble de conduite alimentaire. Toujours très peu amusant. Et tout ça à un prix trop souvent exorbitant; jusqu’à 9 000 $ par an dans certains cas9. Wow, très intéressant (voir ici un ton sarcastique)!

Il est donc clair que la privation et le calcul des calories ne semblent pas être la clé du bonheur. L’écoute de ses signaux corporels, la faim et la satiété, et l’écoute de ses envies alimentaires restent les meilleures façons de gérer son alimentation naturellement, tout en respectant ses besoins physiques et psychologiques. Parce qu’eh oui, l’être humain mange aussi par plaisir, non pas seulement pour créer un «in and out» de calories.  Rien de mieux que la simplicité en se permettant ses petits «pêchés mignons» pour conserver une saine relation avec l’alimentation et avec son corps. Le plaisir de manger et de savourer ses aliments préférés en bonne compagnie contribue à un mode de vie sain et est primordial à l’atteinte de son propre équilibre. Parce que c’est aussi ça la santé!

N’êtes-vous pas convaincus(es)? Pour ma part, je le suis! Sur ce, bonne journée sans diète et surtout, bon appétit!

Laurie Parent-Drolet, Dt.P. Nutritionniste à la Maison l’Éclaircie

Références :

Image tirée d’Équilibre

  1. http://www.equilibre.ca/nos-campagnes/journee-internationale-sans-diete/
  2. IPSOS REID (2008). Canadian Women’s Attitudes Towards Weight, Sondage pour le compte des Producteurs laitiers du Canada.
  3. Ayyad et Andersen, 2000; Sarlio- Lahteenkorva, Rissanen et Kaprio, 2000; Wooley et Garner, 1994
  4. Enquête longitudinale auprès des élèves saguenéens et Jeannois (ELSJ)Évolution de l’estime de soi et de l’insatisfaction de son image corporelle de 14 à 18 ans, rapport de recherche
  5. NEDIC (National Eating Disorders Information Center). (2003). Une introduction sur les troubles de l’alimentation et les problèmes de poids. NEDIC, 40 p
  6. ANEB. (2011). Rapport annuel. Anorexie et boulimie Québec. Montréal. Québec. 36 p
  7. GREENBERG BS and al. (2003). “Portrayals of Overweight and Obese Individuals on Commercial Television”,  in American Journal of Public Health, Vol. 93, No. 8
  8. LEDOUX M., MONGEAU L. et RIVARD M. (2002). « Poids et image corporelle » dans Enquête sociale et de santé auprès des enfants et des adolescents québécois, 1999, Québec, Institut de la statistique du Québec, chapitre 14, p. 311 à 344.
  9. http://legitimedepense.telequebec.tv/occurrence.aspx?id=310

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