Témoignage – participation à la Croisière des Alizés

Il y avait déjà quelques années que je voyais passer la Croisière des Alizés ici et là et sur les réseaux sociaux. Freinée par le trouble alimentaire, j’aurai pris un peu de temps avant de me sentir prête à participer à cette expérience qui, près d’un an plus tard, est devenue comme un point d’ancrage dans mon rétablissement.

J’ai toujours aimé être en nature. Faire une aventure de quelques jours en plein air faisait partie de ces petites envies qu’on refoule au fond de soi, freiné par on ne sait jamais trop. Pour moi, c’est une relation troublée avec mon corps qui n’a pas omis de jeter une ombre sur tout ce qui me caractérisait « avant ». J’entrevoyais la Croisière comme une opportunité de faire vibrer à nouveau cette partie de moi, en dehors du trouble alimentaire. J’avais aussi envie de me donner la chance de faire un autre bout de chemin dans mon rétablissement, en espérant une suite où je retrouverais ne serait-ce qu’un peu plus de liberté et de spontanéité.

Cette fin de semaine sur le Bleuet, je l’ai passé en compagnie d’autres participantes qui comprennent sans nommer et d’intervenantes qui mettent tout en place pour que chacune puisse vivre de ces petites victoires qui font croire davantage en soi. Durant la fin de semaine, il y a eu de ces conversations qui rappellent le chemin parcouru jusque-là, de ces moments de vulnérabilité qui forcent la compassion et de ces opportunités de dépassement de soi qui ont été saisies avec courage. Il y a aussi eu de ces repas partagés dans la bienveillance et le plaisir, de ces nuits passées à la belle étoile sur le pont du voilier et de ces moments pourtant banaux où la gratitude et la fierté se sont invitées pour nous les faire apprécier davantage.

J’abordais la croisière avec la crainte de ce que cette expérience allait faire émerger en moi. Y participer m’a permis d’explorer de ces racoins de soi qu’on ignore, mais qui font cheminer.  J’ai dorénavant confiance en ce que ma présence authentique peut apporter au sein d’un groupe et j’ai appris que je pouvais faire preuve de détermination quand il est question d’affronter certaines de mes peurs. La force du groupe est contagieuse et le fait d’être témoin d’autres participantes faire face à leurs propres défis facilite et motive l’affrontement des siens. Je me suis aussi vu adopter une posture d’encouragement et de confiance en elles que j’espère adopter plus souvent à mon égard.

J’ai vécu cette fin de semaine à La Malbaie comme l’aboutissement d’une longue route pour me rétablir. En prenant conscience de ma solidité émergente, j’y ai réalisé tout le chemin parcouru et, surtout, je suis parvenue à exister en dehors du trouble alimentaire. J’ai maintenant une idée plus précise de ce qu’il me faut intégrer à ma vie pour me sentir vivante. Après des années à croire en ma défectuosité, il y a eu ce matin où, durant une séance de yoga, au bout du quai et sous un soleil qui réchauffe, j’ai pensé : « Je ne suis pas brisée et ma vie peut être belle. Pour de vrai. »

-Sarah-Ève, participante de la Maison l’Éclaircie à la Croisière des Alizés

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