Par Élisabeth Nolan, B.A. en psychologie et étudiante à la maîtrise en travail social. Dans le cadre du cours Santé mentale et intervention sociale de l’Université Laval. | 15 décembre 2025.
Adapté à la publication publique dans le cadre de la Semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires 2026.
Introduction
Par la sensibilisation, les troubles de conduites alimentaires (TCA) sont heureusement de plus en plus discutés en société. Malgré tout, le trouble d’accès hyperphagique (TAH), un TCA 10 fois plus prévalent que l’anorexie et 6 fois plus prévalent que la boulimie, demeure peu connu à ce jour par la population générale et par les professionnel.le.s (Côté et al., 2025; Giel et al., 2022; Qian et al., 2022). Pourquoi est-ce le cas? Quelles sont les causes de sa méconnaissance? Quelles sont les conséquences de la banalisation de ce trouble? Le présent essai se veut une recension des écrits exploratoire des différentes structures d’oppression qui influencent le développement et le maintien du TAH.
Le trouble d’accès hyperphagique
Le TAH est un type de TCA caractérisé par la présence d’épisodes d’excès alimentaires (Giel et al., 2022). Un excès alimentaire représente l’ingestion d’une grande quantité de nourriture dans un moment restreint, sous 2 heures, et non des périodes de grignotage au courant de la journée (American Psychiatric Association [APA], 2015). Ces excès doivent aussi être accompagnés d’un sentiment de perte de contrôle (APA, 2015). Certaines personnes partagent vivre un sentiment de dissociation lors d’excès alimentaires (APA, 2015). De plus, les excès alimentaires doivent montrer trois des cinq critères du DSM-V suivants : manger plus rapidement que normalement, manger jusqu’à un sentiment inconfortable d’être trop remplie ou rempli, manger en l’absence d’une sensation de faim physique, manger seule ou seul par honte de la quantité consommée, puis vivre des émotions négatives après avoir trop mangé (APA, 2015; Giel et al., 2022). Comparativement aux comportements anorexiques ou boulimiques, le TAH ne présente pas de méthodes compensatoires pour prévenir un gain de poids (Giel et al., 2022). Les méthodes compensatoires consistent en des comportements mésadaptés effectués à la suite d’une prise alimentaire menant à un sentiment d’anxiété et de culpabilité (Cheney et al., 2023). Ces comportements se manifestent afin d’établir un sentiment de contrôle sur le « danger » subjectif d’une possible prise de poids (Cheney et al., 2023). Les types de comportements compensatoires sont les vomissements autoprovoqués, l’usage de laxatifs et de diurétiques, l’exercice physique intense et/ou la restriction alimentaire (Cheney et al., 2023). Le TAH est fortement caractérisé par un sentiment de détresse intense et une grande honte face aux comportements d’excès alimentaires (APA, 2015). En effet, la problématique est liée à des difficultés de régulation émotionnelle, des idées suicidaires et des tentatives de suicide, des comorbidités de santé mentale et de problèmes de santé physique, puis à un contexte de stigmatisation sociale nourrissant la honte (Giel et al., 2022).
Alors que la prévalence était estimée à 1,6% chez les femmes et de 0,8% chez les hommes en 2007 (APA, 2015), la prévalence est complexe à estimer au Canada dans les dernières années. En effet, puisque les TCA sont multifactoriels et grandement influencés par les perceptions sur la santé et l’image corporelle en société, il semble qu’une grande proportion des cas soient sous-estimés par la population et le cadre professionnel (Raffoul et al., 2025). De plus, la croyance que les TCA affectent un type de personnes, comme les jeunes femmes blanches, rend plus complexe la reconnaissance de la problématique chez les autres populations, particulièrement les populations marginalisées (Raffoul et al., 2025). Malgré cela, il est estimé que le TAH toucherait environ 2.8% des gens au cours de leur vie (Côté et al., 2025) et que 17.3 millions de personnes étaient touchées par le TAH en 2019 mondialement (Keski-Rahkonen, 2021).
Pertinence sociale, disciplinaire et scientifique
Ces informations mettent de l’avant une pertinence sociale, disciplinaire et scientifique. Socialement, le TAH demeure peu connu de la population générale (Côté et al., 2025) malgré la prévalence. Une multitude de facteurs de risque explique ce 2,8% nommé précédemment (Côté et al., 2025). Parmi ceux-ci se trouvent la pauvreté, un vécu de violence, un vécu d’événements traumatisants, le vécu d’insécurité alimentaire, une insatisfaction corporelle, puis un historique de diètes (Giel et al., 2022). D’ailleurs, le TAH engendre des coûts financiers et des impacts significatifs sur le fonctionnement social (Grilo et Juarascio, 2023). Malgré tout, plusieurs personnes souffrant du TAH demeurent sans ressources dont une grande proportion de personnes racisées et les hommes (Grilo et Juarascio, 2023). Des biais quant à l’ethnicité, au genre, à la sexualité, à l’âge, à la santé mentale et au poids rendent complexe la recherche d’aide et la motivation à parler de sa souffrance en contexte de TAH (Keski-Rahkonen, 2021).
D’autre part, s’intéresser au TAH montre une pertinence dans la discipline du travail social, et ce particulièrement par rapport aux causes sous-jacentes de la problématique. Des structures oppressives, comme le patriarcat, conservent un fort pouvoir sur la population et influencent le bien-être des personnes vivant un TAH (Smith, 2023). Il est nécessaire de se pencher sur ces structures afin de mieux intervenir auprès de la population TAH, qui elle, est diversifiée en termes de cultures, de contexte socioéconomique, de genre, d’âge, etc. (Giel et al., 2022). De plus, la présence majoritaire d’attitudes grossophobes et de la culture des diètes en société rend difficile l’élimination de biais grossophobes lors d’interventions par le cadre médical ou psychosocial (Shah et al., 2025). Les instances demeurent grossophobes dans le matériel de soin non adapté aux corps gros (chaises de consultation, jaquettes d’hôpital, etc.), ainsi que dans le jugement professionnel inconscient du cadre médical (Shah et al., 2025; Giel et al., 2022). Par ces éléments et par le manque de ressources disponibles et accessibles, il devient difficile pour une personne souffrante de développer une motivation et une capacité à regagner un fonctionnement social optimal. Le travail social gagne alors à aborder ces sujets et à accompagner les personnes souffrantes de TAH dans leur défense de droits, mais aussi à s’éduquer afin d’éliminer ses propres biais en tant que travailleuses sociales et travailleurs sociaux. La discipline du travail social possède une perspective unique et systémique pouvant aborder en globalité la problématique (Hussain et al., 2022).
Au plan scientifique, le TAH montre sa pertinence par le manque d’études et de littérature sur la problématique en contexte social et structurel. Davantage d’études sur les TCA de façon globale permettraient d’abord d’augmenter la sensibilisation quant au TAH et de prévenir les risques du maintien de la méconnaissance de la problématique dans la population (Giel et al., 2022). En conséquence, le peu d’études rend la prévalence exacte du TAH dans la population de plusieurs pays difficile à établir (Giel et al., 2022). Plus d’études permettraient aussi potentiellement de libérer plus de fonds monétaires pour poursuivre la recherche, ceux-ci étant très faibles (Giel et al., 2022). Aussi, effectuer plus de recherche se montre important afin d’améliorer les avenues de traitement qui sont peu explorées (Giel et al., 2022; Grilo et Juarascio, 2023). Un manque de théories et de connaissances sur le TAH à l’extérieur des conséquences individuelles est criant, surtout dans un contexte où les principales avenues de traitement n’ont guère évolué au courant des 20 dernières années (Grilo et Juarascio, 2023). Parmi ces avenues, des approches psychologiques et pharmacologiques sont reconnues comme bénéfiques au traitement du TAH (Grilo et Juarascio, 2023). Cependant, peu de recherches portent sur l’approche structurelle en contexte de TAH ou globalement en contexte de TCA.
Selon ces éléments, un regard social et structurel sur la problématique du TAH est non seulement pertinent, mais nécessaire. Une perspective psychiatrique, psychologique et médicale montre son importance compte tenu des comorbidités de santé mentale et de santé physique (Giel et al., 2022), mais manque de profondeur quant aux structures sociétales qui nourrissent le développement et le maintien du TAH ; la culture des diètes, la grossophobie et le patriarcat (Mavrović, 2024; Smith, 2023).
La culture des diètes
D’abord, la vision sociétale de l’alimentation et du poids est depuis longtemps influencée par la culture des diètes (Atherton, 2021). Cette dernière fait référence au système de croyances prônant la minceur et la musculature sous une vision morale de la santé et du contrôle de son alimentation et de son corps (Harrison, 2019 ; Mavrović, 2024). La culture des diètes prône entre autres un corps mince et des choix alimentaires moralement « bons », puis opprime et stigmatise toutes personnes qui ne répondent pas à ces balises (Harrison, 2019). Le TAH mène fréquemment à un poids plus élevé (Côté et al., 2025) et à des habitudes alimentaires considérées « moralement mauvaises » par le choix de « mauvais » aliments (Harrison, 2019; Atherton, 2021) et encourage les comportements de perte de poids (Jovanovski et Jaeger, 2022). La culture des diètes vend la prémisse que toute personne a le pouvoir de modifier son alimentation et son corps afin de « s’aimer » et que des produits en vente représentent des outils « miracles » pour y arriver (Smith, 2023). La culture des diètes est alors intimement liée au capitalisme (Ladyka et al., 2023; Smith 2023) dans l’idée de faire du profit sur les insécurités et les vulnérabilités des individus (Jovanovski et Jaeger, 2022). Par ces principes, les individus souhaitant consciemment ou inconsciemment adhérer à la culture des diètes ont tendance à essayer diète après diète dans l’espoir de trouver la solution « miracle » à leur insatisfaction corporelle. Malgré tout, des études rapportent que les diètes ne sont pas efficaces afin de maintenir une perte de poids (Nordmo et al., 2019). En effet, il est mentionné que le poids perdu est majoritairement repris ou est plus élevé qu’au début de la diète (Les voies métaboliques, 2025; Pélissier et al., 2023). La culture des diètes met en échec les individus malgré les efforts, et ce puisque la génétique est responsable de 40% à 50% du poids des personnes (Bouchard, 2021). Le poids peut donc être influencé par les comportements et les habitudes de vie, mais davantage par la génétique, le métabolisme et des processus neurologiques sur lesquels les personnes tentant de perdre du poids n’ont aucun contrôle (Busebee et al., 2023).
De plus, le fait d’effectuer des diètes est associé à des conséquences physiques, psychologiques et sociales significatives (Jovanovski et Jaeger, 2022; Paulin et Arsenault, 2023). Physiquement, la répétition de diètes mène à un vécu de poids « yo-yo », soit un poids qui fluctue constamment, engendrant des conséquences physiques comme la perte de tissu musculaire, l’affaiblissement des os, de l’inflammation chronique, le risque de certains cancers et la modification à long terme du métabolisme (Jovanovski et Jaeger, 2022; Les voies métaboliques, 2025; Paulin et Arsenault, 2023). De plus, des études démontrent que, en moyenne, 80% du poids perdu lors de diètes est repris par la personne au courant des cinq années suivantes la perte de poids (Paulin et Arsenault, 2023). Les fluctuations de poids sont donc fréquentes dans le processus de diètes (Paulin et Arsenault, 2023). Psychologiquement, la répétition de diètes mène à de l’insatisfaction corporelle, à un plus grand risque de développement d’un TCA (Jovanovski et Jaeger, 2022), ainsi qu’à une faible estime de soi (Cheney et al., 2023). Enfin, socialement, les individus qui font des diètes vivent régulièrement de l’isolement social par le retrait lors d’événements sociaux autour de la nourriture comme des célébrations, des sorties au restaurant et autres événements (Cheney et al., 2023). Les conséquences physiques de la faim qu’apporte une sous-alimentation, comme l’irritabilité, la fatigue ou le manque de concentration, peuvent mener à des conflits relationnels et à des difficultés au travail ou à l’école (Bernier, 2020; Cheney et al., 2023).
Tous ces éléments n’empêchent pas l’emprise que la culture des diètes possède sur la population. Un sondage effectué par la firme Léger en 2024 auprès des 1804 Québécoises et Québécois de 14 ans et plus montre les statistiques suivantes : « 60% ressentent de la pression en lien avec leur apparence physique », « 51% souhaitent maigrir, peu importe leur poids », « 48% sont obsédé.e.s par le contrôle de leur poids ou de leur apparence » et « 73% ont fait quelque chose pour contrôler ou modifier leur poids » (ÉquiLibre, 2024b, p.1-2). La pression sociétale d’atteindre la perfection et d’être accepté par autrui est une des causes expliquant le pouvoir de la culture des diètes encore aujourd’hui (Shahzadi et al., 2025). De plus, la comparaison constante qu’apporte l’accès aux médias sociaux ajoute à l’insatisfaction corporelle (Shahzadi et al., 2025).
Les personnes aux prises avec un TAH vivent des comportements directement associés à la culture des diètes. La population aux prises avec le TAH montre des difficultés d’image corporelle et l’usage de diètes, qui elles augmentent les risques d’excès alimentaires (Giel et al., 2023). Ces éléments semblent mener à un cercle vicieux de contrôle sur l’alimentation, de perte de poids, d’augmentation des excès alimentaires, puis d’une reprise du poids. Les personnes vivant un TAH, de par leur poids et la présence d’excès alimentaires, ne cadrent pas dans les valeurs de la culture des diètes et se retrouvent victimes de stigmatisation et de discrimination (Giel et al., 2022), dont la grossophobie.
La grossophobie
La grossophobie se définit par le stigma entourant un poids élevé, particulièrement chez les personnes grosses[1], et les attitudes discriminatoires en découlant (Bernier, 2020; Harrison, 2019). Aujourd’hui, il s’agit d’une des formes de stigmatisation la plus répandue et la plus acceptée socialement (ÉquiLibre, 2024a). Sa source est complexe à identifier, mais un contexte historique, sociétal et culturel de longue date semble porter des racines profondes quant aux attitudes négatives envers les personnes grosses (Shah et al., 2025). Jadis, le poids était corrélé avec le statut social et être une personne grosse était synonyme d’échec social, tout comme la divergence de la normativité des rôles de genre (Harrison, 2019). Des valeurs associées aux personnes grosses, comme le manque de responsabilité, la paresse, la démotivation, l’incompétence et la laideur (Ainz-Galende et al., 2025; Shah et al., 2025) étaient mises de l’avant et le sont encore aujourd’hui. Ces préjugés concernant les personnes grosses étaient d’ailleurs liés aux ethnicités non caucasiennes et baignaient dans le racisme également (Harrison, 2019; Jovanovski et Jaeger, 2022; Ladyka et al., 2023). Par ces éléments, les corps minces sont davantage associés à une indication de succès, de contrôle, de pouvoir, de fierté, d’accomplissement et de confiance (Mavrović, 2024). De plus, la grossophobie est liée au capacitisme en termes de jugement sur les corps « différents » de la norme (Stoll et Egner, 2021). Une intersectionnalité des oppressions s’applique donc aussi envers le poids et peut s’expliquer dans la divergence envers les normes du corps en société.
La grossophobie montre plusieurs conséquences psychosociales (Bernier, 2020; Ainz-Galende et al., 2025). Les approches centrées sur la perte de poids mènent à une détresse émotionnelle, une diminution de l’estime de soi et une augmentation du niveau de stress (Paulin et Arsenault, 2023). La grossophobie affecte aussi la santé physique des personnes qui la vivent (Paulin et Arsenault, 2023). Dans l’actualité, le cas de Florence Lavoie (2025), créatrice de contenu et femme vivant dans un corps plus gros, démontre bien que le poids est un sujet parfois insensiblement abordé par les médecins. Sa vidéo Instagram de septembre 2025 a suscité plusieurs discussions alors que la créatrice de contenu y raconte sa visite à l’hôpital avec un médecin au « sans rendez-vous » qui lui a recommandé de voyager dans des pays défavorisés pour perdre du poids après que Mme lui ait partagé bouger assez et marcher beaucoup en voyageant. De telles situations se produisent régulièrement dans les milieux médicaux et ont été nommées sous le concept de grossophobie médicale. La grossophobie médicale est reconnue officiellement par le Collège des médecins (s.d.) et se définit par une attitude discriminatoire et stigmatisante envers les personnes vivant dans un corps gros par le cadre médical (Bernier, 2020). D’autres cas de grossophobie médicale ont été publicisé par le Journal de Montréal dans un dossier de publications sur la grossophobie médicale : un homme a reçu un diagnostic de cancer retardé puisque le poids était mis de l’avant dans les consultations médicales (Archambault, 2023a), une patiente s’est fait recommander Ozempic pour perdre du poids alors qu’elle guérissait d’un TCA (Archambault, 2023b) et plusieurs patients gros rapportent ne pas être pris au sérieux dans les consultations médicales (Archambault et Duchaine, 2023). Alors que les médecins s’attardent à cette croyance que la grosseur est synonyme de santé, les études défendent que le poids soit un indicateur de santé parmi tant d’autres, mais est loin d’être un élément de causalité de la santé ou de son absence (Paulin et Arsenault, 2023). Il est bien démontré que la minceur n’est pas synonyme de santé, que les personnes grosses peuvent être en santé et que la capacité cardiovasculaire soit un indicateur de santé plus pertinent (Paulin et Arsenault, 2023). D’ailleurs, la grossophobie pourrait mener à des conséquences physiques comme l’augmentation du stress et du cortisol dans le sang (Himmelstein et al., 2015). Benoît Arsenault, chercheur à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) et spécialisé en santé cardiométabolique, met de l’avant que ce sont les habitudes de vie qui dictent davantage l’état de santé d’une personne, et non son poids (Archambault et Duchaine, 2023). Malgré tout, la croyance que le poids est à lui seul un indicatif de santé demeure persistante et prend racine dans la culture des diètes et la grossophobie.
Les personnes aux prises avec le TAH sont directement touchées par la grossophobie de par l’obsession du contrôle et de la perte de poids que ce TCA crée, mais également par le fait que la plupart des personnes en souffrant vivent dans des corps gros (Côté et al., 2025). Le vécu du TAH amène une stigmatisation particulière sur le poids, ainsi que sur les habitudes alimentaires. En cohérence avec le manque de prise au sérieux des personnes grosses par les personnes professionnelles médicales, le TAH est aussi peu reconnu par ces professionnel.le.s (Giel et al., 2022). Il serait estimé qu’entre 10% et 50% des personnes vivant un TAH recevraient l’aide professionnelle dont elles ont besoin (Giel et al., 2022). Il est rapporté qu’une faible proportion du diagnostic serait émise par les personnes professionnelles de la santé et que le manque de sensibilisation au TAH serait une des causes (Keshen et al., 2022). Au-delà des croyances erronées sur la santé et de la méconnaissance du diagnostic, des éléments structurels nourrissent cette haine envers les corps gros, dont le patriarcat (Smith, 2023).
Le patriarcat en lien avec le poids
Le patriarcat se définit comme système social où les hommes jouent un rôle primaire et prédominant dans des éléments sociétaux comme la politique, l’autorité ou les privilèges sociaux (Ortner, 2022). Selon cette définition, les hommes possèdent alors un rapport de pouvoir inégal aux femmes qui se trouvent soumises aux hommes (Brugère, 2020). Qu’il s’agisse d’anorexie, de boulimie ou de TAH, les TCA sont plus prévalents chez les femmes (APA, 2015; Cheney et al., 2023) et ont même été socialement associés aux femmes (LaMarre et al., 2022). Certaines autrices abordent le TCA comme étant le résultat d’une oppression patriarcale (Mavrović, 2024). Effectivement, l’intersectionnalité du genre et du poids se lient dans le sexisme prédominant (Martin-Wagar et al., 2023).
La pression patriarcale de répondre à l’idéal de minceur chez les femmes est très forte et même liée à l’apprentissage social où les femmes doivent « plaire » à autrui (Mavrović, 2024). En effet, dès un jeune âge, les femmes grandissent côte à côte avec les croyances que de faire un régime et de modifier son apparence corporelle sont chose du quotidien, une tâche comme une autre (Mavrović, 2024). Tandis que les hommes sont encouragés et socialisés à nourrir leur sentiment de valeur personnelle par des réussites concrètes et visibles, les femmes sont encouragées à développer leur valeur personnelle par la capacité de créer et de maintenir des relations interpersonnelles fonctionnelles, notamment par la place physique qu’elle occupe en termes de personnalité et d’image corporelle (Mavrović, 2024). Foucault apporte un concept pertinent en contexte de discussion sur le poids, soit lescorps dociles. Il nomme ce concept comme étant un processus de coercition des personnes dominantes envers les personnes subordonnées et leur corps dans le temps, l’espace et les mouvements (Bartky, 1988). La restriction d’élèves à leur bureau en est un exemple. Un parallèle peut être effectué avec les rapports de pouvoir inégaux envers les femmes par le patriarcat qui a établi et entretient le cadre de la beauté envers elles (Bartky, 1988; Vitarbo, 2024). En effet, passant des habitudes alimentaires, au poids et à l’apparence générale, la femme se trouve emprisonnée dans une relation coercitive de standards corporels souvent irréalistes (Bartky, 1988). Bien au-delà de l’apparence, des standards s’appliquent aussi au comportement physique des femmes comme envers la grâce des mouvements effectués et la capacité à se faire petite, en termes de voix ou d’espace physique (Bartky, 1988). Contrairement à de la coercition visible, les femmes vivent une oppression diffuse et invisibilisée au sein des différentes autorités (Bartky, 1988). Malgré l’absence de punition explicite lorsqu’une femme dévie de cette norme, des jugements sociaux et de la stigmatisation sont posés par le regard patriarcal qui habite la population, hommes ou femmes (Bartky, 1988; Martin-Wagar et al., 2023; Mavrović, 2024). Cela peut se traduire, par exemple, par la honte d’être dans un corps gros. Et pourtant, le fait de se considérer féministe n’est pas systématiquement un facteur de protection contre le fait d’adhérer à ces standards (Martin-Wagar et al., 2023). Une étude démontre que d’être féministe ou non n’avait pas eu d’impact significatif sur l’internalisation de la stigmatisation envers les poids plus élevés (Martin-Wagar et al., 2023). En effet, l’internalisation des standards crée chez plusieurs femmes ce besoin inconscient d’ « autosurveillance » au courant de la journée, par son allure, son maquillage ou ses cheveux (Bartky, 1988). Ce comportement répondrait à une certaine obéissance au système patriarcal (Bartky, 1988; Mavrović, 2024) et peut découler d’attitudes misogynes (Evteeva et al., 2024).
La misogynie consiste en l’attitude haineuse envers les femmes et la croyance que les femmes sont inférieures aux hommes (Evteeva et al., 2024). Qu’elle soit intériorisée ou ouvertement vécue, la misogynie semble un enjeu prioritaire dans la stigmatisation vécue par les femmes grosses (Evteeva et al., 2024) et même par les hommes gros qui refusent d’être associés à des caractéristiques féminines (Tylka, 2021). Au-delà du corps, les femmes vivant un TAH semblent vivre des difficultés dans la capacité à se prioriser comparativement à autrui (Arbour et Petitpas, 2016). Cette difficulté est également observée chez les femmes qui tentent de répondre à leurs nombreux rôles sociaux et responsabilités (Evteeva et al., 2024), en plus de porter en elles cette socialisation de devoir plaire à autrui (Mavrović, 2024). La comparaison et la critique entre femmes sont aussi mises de l’avant dans une société patriarcale et représentent une manifestation observable de la misogynie (Evteeva et al., 2024). Celle-ci s’applique aussi dans le contexte d’image corporelle des femmes (Shahzadi et al., 2025). La maternité est aussi un élément pouvant être un facteur de risque au développement d’un TCA dû à la pression de réduire son poids rapidement après l’accouchement et à la honte d’en prendre durant la grossesse (Cheney et al., 2023; Garceau et al., 2024). Finalement, compte tenu du manque de reconnaissance des enjeux de santé chez les personnes grosses, il est d’autant plus inquiétant que les femmes sont moins prises au sérieux que les hommes lors de consultations médicales (Rolland et El Khoury, 2023). Les femmes vivant un TAH seraient à risque de vivre de la violence institutionnelle (Mohr et al., 2025). En effet, un lien significatif est observé entre le traitement des femmes ayant un poids plus élevé et la stigmatisation patriarcale des standards de minceur (Mohr et al., 2025). L’intersectionnalité du genre et du poids est apparente.
Au courant de la rédaction, les femmes sont davantage mentionnées. Il semble cependant pertinent de mentionner que la culture des diètes, la grossophobie et le patriarcat affectent également le vécu des hommes en contexte d’image corporelle, d’alimentation et de TCA. Au contraire des femmes devant être minces, le regard sur le corps des hommes est axé sur la musculature et la force afin de répondre aux standards de beauté (Frey, 2023). Le stigmate de la grosseur, selon Goffman, apporte chez l’homme un corps « visible » et un « discrédit profond » (Goffman, 1963, cité dans Frey, 2023). Les hommes mêmes ne sont donc pas à l’abri d’insatisfactions corporelles alimentées par les systèmes de pouvoir en place. Les caractéristiques masculines des hommes, telles d’indiquées par les valeurs patriarcales, incluent la dominance, la force, le contrôle et le pouvoir (Mavrović, 2024; Tylka, 2021). Ces caractéristiques se traduisent dans les standards de beauté envers les hommes qui arrivent jusqu’à ressentir de l’insatisfaction corporelle s’ils possèdent des caractéristiques physiques plus « féminines » (Tylka, 2021). Alors, tout comme les femmes, les hommes souffrant du TAH internalisent les valeurs des trois structures de pouvoir envers le poids et l’alimentation. Cependant, comme mentionné plus tôt, les hommes sont davantage valorisés par des éléments externes à leur corps (Mavrović, 2024) et pourraient être davantage à l’abri de jugements sur l’apparence.
Comme le démontre la recension des écrits précédente, maintes manifestations du patriarcat prédominant sont perçues dans le vécu du TAH au niveau de l’alimentation, de la santé, de l’image corporelle et du corps des femmes en général.
Conclusion
Le TAH est un TCA qui se caractérise par la présence d’excès alimentaires et par l’absence de méthodes compensatoires (APA, 2015). Par ces comportements, les personnes au prise avec le TAH se retrouvent fréquemment avec une prise de poids qui amène des conséquences biopsychosociales (Côté et al., 2025; Grilo et Juarascio, 2023). Un regard féministe montre sa pertinence afin d’observer et d’analyser ces conséquences qui sont liées aux différentes structures sociales de pouvoir qui causent et nourrissent le TAH : la culture des diètes, la grossophobie et le patriarcat (Mavrović, 2024; Smith, 2023). L’intersection des discriminations de genre et du poids sont particulièrement néfastes dans le développement et le maintien du TAH. Pourtant, peu d’interventions considérées fonctionnelles afin de soutenir les personnes vivant un TAH ne mettent de l’avant ces éléments (Giel et al., 2022; Grilo et Juarascio, 2023). Par cela, davantage de sensibilisation autour de l’image corporelle et d’une alimentation saine, équilibrée et satisfaisante serait un gain significatif envers la population générale afin de réduire les insatisfactions corporelles, les coûts de santé publiques et les difficultés biopsychosociales influençant le quotidien des personnes souffrantes.
[1] L’usage du mot « gros » et « grosse » dans le présent texte est non péjoratif. Il est utilisé comme un adjectif décrivant un format corporel, tout comme les adjectifs « petit », « grand », « musclé », « blond », etc. (Sanchez, 2025).
Références
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