Dépendance alimentaire et chirurgie bariatrique : quel lien?

J’ai l’impression que la nourriture, c’est ma drogue…

J’ai pris une cuite à la bouffe…

C’est comme si je ne pouvais pas m’arrêter, c’est plus fort que moi…

C’est possiblement ces phrases, souvent entendues lors de consultations et d’échange de groupe, qui ont poussé les chercheurs à s’intéresser à ce nouveau mal : la dépendance alimentaire. Plusieurs troubles du comportement alimentaire font maintenant partie des diagnostics potentiels lorsqu’une personne fait face à une relation troublée avec les aliments. La dépendance alimentaire pourrait apporter un nouvel éclairage aux problématiques alimentaires.

Aux dires des gens qui s’y reconnaissent, la dépendance alimentaire a le même effet qu’un lendemain de veille. Ils ont l’impression d’être sous l’emprise de la nourriture, ne trouvant pas la force d’y résister et se gavant jusqu’à l’inconfort. À l’image de l’alcoolique, la personne se retrouve « victime » de sa consommation voulant à la fois cesser le comportement, mais en même temps ne sachant pas comment faire autrement.

C’est pourquoi des chercheurs se sont demandé si la dépendance alimentaire existait bel et bien. À ce jour, il n’existe pas de consensus à ce sujet mais il est permis de penser que de plus en plus de personnes se reconnaissent dans cette problématique alimentaire.

La nourriture comme substance d’addiction

Les chercheurs qui se sont penché sur la dépendance alimentaire se sont inspiré des critères diagnostiques des dépendances aux substances (drogues, alcool, cigarette…) en faisant de la nourriture la substance d’addiction.

Ainsi, les personnes qui en souffrent peuvent expérimenter les mêmes symptômes que ceux des dépendances aux substances, c’est-à-dire :

  • La nourriture prise en quantité importante et pour une période plus longue que planifiée;
  • Le désir persistant ou des essais répétés infructueux à arrêter la consommation de nourriture;
  • Beaucoup de temps passé à obtenir, utiliser ou se remettre de la nourriture;
  • Des activités sociales, professionnelles ou de loisir abandonnées ou réduites à cause de la nourriture;
  • La poursuite du comportement en dépit des conséquences importantes (ex. échec à remplir ses obligations, manger même en présence de symptômes physiques);
  • La tolérance (c’est-à-dire le besoin de toujours plus de nourriture pour ressentir l’effet recherché et un effet de moins en moins intense);
  • Des symptômes de sevrage, et de la nourriture consommée pour atténuer le sevrage;
  • La poursuite en dépit des problèmes sociaux ou interpersonnels;
  • Une incapacité à remplir ses rôles et ses obligations (ex : travail, école, vie familiale);
  • L’utilisation de la nourriture dans des contextes dangereux (ex : en auto);
  • Un désir fort ou un sentiment d’urgence de consommer (ce qu’on appelle les craving).

De plus, et peut-être le point le plus important : la relation avec la nourriture doit être une source de souffrance importante. Si une majorité de ces critères sont remplis, on peut penser qu’une personne souffre de dépendance alimentaire. En tout cas, on constate que de nombreuses personnes qui nous consultent nous témoignent se retrouver dans ces symptômes.

Une addiction au comportement plus qu’à la nourriture

Une précision s’impose. D’abord, il n’y a que les aliments transformés, gras, sucrés ou salés qui ont le pouvoir de stimuler les zones du plaisir et de la récompense dans le cerveau. En fait, les aliments qui semblent faire l’objet de l’apaisement émotionnel seraient des produits alimentaires industriels savamment développés pour atteindre le point de félicité (qu’on appelle le « bliss point ») en ajustant les niveaux de sel, de sucre ou de gras d’un ingrédient et qui optimisent le plaisir gustatif. Des aliments comme le brocoli ou le poulet n’auraient donc que peu de potentiel de développer de la dépendance alimentaire.

Également, les connaissances actuelles nous permettent d’avancer qu’aucun aliment, même le sucre (oui, oui, le fameux sucre!), n’a le pouvoir de générer une addiction physiologique ou chimique comme le fait la cocaine ou la nicotine, par exemple. Ainsi, une personne ne serait pas dépendante d’un aliment ou d’un nutriment mais plutôt de l’apaisement émotionnel produit par cet aliment. En d’autres mots, ce sont aux aliments «les plus efficaces pour nous apaiser» qu’on deviendrait dépendant…

Ce ne serait donc pas aux aliments à proprement parler que la personne serait dépendante mais au comportement alimentaire. Je me sens mal aujourd’hui, je mange un aliment sucré, salé ou gras que j’affectionne particulièrement, mon émotion est régulée et je me sens mieux. C’est précisément cette association que le cerveau fait et qui tisse progressivement la dépendance.

Au fil du temps, la personne qui souffre de dépendance alimentaire a besoin de toujours un peu plus de nourriture pour ressentir l’effet d’apaisement recherché. Elle ressent également un inconfort marqué lorsqu’elle ne peut se procurer la nourriture désirée. Il n’est donc pas surprenant que de nombreuses personnes souffrant de dépendance alimentaire soient en situation de surpoids ou d’obésité.

La chirurgie bariatrique : une solution à la dépendance alimentaire ?

Plusieurs personnes en situation d’obésité croient, à tort, que la chirurgie bariatrique pourra régler la problématique de dépendance alimentaire. Cette croyance est compréhensible : dans les semaines, les mois et même les années qui suivent la chirurgie, la présence d’une limitation physique – un contrôle du volume directement lié à la diminution de la taille de l’estomac – peut donner l’impression que la problématique est réglée. Les compulsions semblent s’atténuer, la relation avec la nourriture paraît plus simple, et un sentiment de soulagement peut s’installer. Même les préférences alimentaires sont souvent modifiées et il n’est pas rare que les gens perdent l’intérêt envers les aliments gras, sucrés ou salés durant cette période. Plusieurs personnes vivent aussi une forme d’euphorie de la perte de poids qui peut dissimuler et enfouir certaines émotions moins agréables. Les idées envahissantes liées à l’alimentation, le food noise, sont moins présentes, voire inexistantes… temporairement.

Mais le temps passe… Le poids se stabilise… Les encouragements et les félicitations s’estompent… Puis, certains comportements réapparaissent…

Comme mentionné précédemment, la dépendance alimentaire ne se résume pas au fait de trop manger. Elle prend racine dans une relation complexe à la nourriture, souvent influencée par les émotions, les mécanismes d’adaptation, l’histoire personnelle et le rapport au contrôle. Si ces enjeux ne sont pas abordés adéquatement – que ce soit avant la chirurgie bariatrique ou après – les symptômes de la dépendance peuvent réapparaître.

La chirurgie bariatrique peut parfois créer une fausse impression de rémission. Lorsque les comportements ou les pensées associés à la dépendance refont surface, certaines personnes vivent un profond sentiment d’échec face à la chirurgie, et ce, indépendamment du poids ou des résultats visibles. Ce sentiment d’échec peut raviver le cercle vicieux du besoin d’apaisement. Le risque de plonger à nouveau dans le trouble alimentaire est donc considérable.

Alors, quel est le traitement pour la dépendance alimentaire?

Il serait faux de dire que de s’en sortir est simple mais c’est possible. Avant de changer ton alimentation ou d’adopter le régime miracle qui-te-promet-de-régler-tous-tes-problèmes-de-dépendance, il faudra te questionner en profondeur sur ta relation avec la nourriture. Bien sûr, tu gagneras à faire cette réflexion avec des professionnels spécialisés dans les troubles alimentaires.

Globalement, si tu veux te rétablir, tu devras trouver ce qui t’amène à manger, les fonctions que la nourriture occupent pour toi, les émotions que tu sens le besoin de geler et d’endormir temporairement. Tu devras aussi identifier les aliments déclencheurs (ou trigger) et trouver un équilibre qui te convient entre l’abstinence et le plaisir de consommer certains aliments. Tu devras trouver l’alimentation qui te convient à toi. Et à travers ça, tu devras apprendre à ressentir tes émotions à jeun… Pas simple, mais payant sur le plan du bien-être!

Alors si tu te reconnais dans la dépendance alimentaire ou si tu es dans un processus de chirurgie bariatrique, sache que nous sommes là pour toi. N’hésite pas à nous contacter et nous pourrons t’accompagner dans ton parcours.

Judith Petitpas, travailleuse sociale et

Evelyne Bergevin, nutritionniste-diététiste

Parlons Bariatrique

Rédigé initialement avec l’aide de Geneviève Arbour

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